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Une journée de formation pour mieux traiter la dépression au comptoir

Certaines études le prouvent, la prise en charge des maladies psychiatriques au comptoir est encore entravée par le manque de confiance ou de formation des pharmaciens vis à vis de ces pathologies.

La solution est simple : proposer une journée d’enseignement et de pratique pour permettre de mieux appréhender l’accompagnement du patient dépressif à l’officine.

Une étude réalisée en 2014, publiée dans le Patient Education and Conseiling, étudie l’impact qu’aurait un tel programme.

Une formation complète et intensive

Pour obtenir des résultats, les pharmaciens doivent tout d’abord être formés.
En une journée, ils suivent des cours sur la maladie dépressive, ses traitements et les moyens de l’aborder au comptoir puis ont l’occasion de débattre avec d’anciens patients de leur suivie et de leur expérience personnel.
Ensuite sont organisés des exercices de communication et de conseil, ainsi que des jeux de rôle.

8 mois plus tard, un « patient mystère » avec une prescription de Paroxétine se présente anonymement devant les pharmaciens précédemment formés. Le patient possède une histoire personnelle basée sur des cas ayant réellement existés.

A sa sortie de la pharmacie, le patient mystère évalue les compétences et l’attitude du pharmacien, la communication verbale et non verbale ainsi que sa propre satisfaction.

De plus, la discussion enregistrée est ensuite analysée via le « Roter Interaction Analysis Système » (RIAS). Il s’agit d’une méthode permettant d’analyser les discutions médicales et de répartir chaque déclaration des intervenants dans différentes catégories (biomédicale, psychosociale, conseils, éducation thérapeutique, etc.).

Meilleure communication, meilleure satisfaction

Les déclarations des patients et des pharmaciens ont été analysé.

Figure 1 : Comparaison de moyennes des résultats du test RIAS des pharmaciens dans les groupes contrôle et formé.

Comparaison moyennes depression communication pharmacie

* Différence de moyenne significative à p<0,05 via test de Mann-Whitney 

Les pharmaciens formés recueillent plus d’informations auprès du patient, aussi bien sur leur maladie (biomédicale) que sur son impact dans leur vie personnelle (style de vie).
De plus, ils prodiguent des conseils psychosociaux là où le groupe contrôle n’en donne aucun. Les autres résultats ne sont pas significatifs.

Figure 2 : Comparaison de moyennes des résultats du test RIAS des patients dans les groupes contrôle et formé.

Comparaison moyennes depression communication pharmacie patient

* Différence de moyenne significative à p<0,05 via test de Mann-Whitney      

En considérant les résultats significatifs, on peut dire que les patients délivrent plus d’informations sur leur vie personnelle dans les groupes où le pharmacien a été formé.

Figure 3 : Evaluation du pharmacien par le patient mystère (notes sur 5).

Evaluation patient pharmacien dépression communication

* Différence de moyenne significative à p<0,05 via test de Mann-Whitney    

Enfin, on voit que le patient à l’impression d’être mieux compris, et le pharmacien semble plus ouvert à la discussion.

Par ailleurs, l’étude montre que le pharmacien parle plus longtemps et abondamment après la formation (267 secondes contre 207*).

La formation est donc efficace, on voit que les pharmaciens gagnent en communication et en aisance, et que le patient obtient meilleure satisfaction dans plusieurs domaines. Car même si les résultats sur l’attitude du patient et du pharmacien via le système RIAS ne sont pas concluants, l’évaluation du patient permet de déceler une évolution positive de l’attitude du pharmacien.

Une étude limitée, mais encourageante

D’ordinaire, les pharmaciens s’adaptent moins facilement à des patients atteints de maladies psychiatriques que devant d’autres types de pathologies. Hors, une seule journée de formation permettrait de réduire cette différence.

Bien que cette étude fournisse peu de résultats interprétables, il est surtout à blâmer le manque de puissance (n=40) plutôt que le manque d’efficacité. C’est pourquoi d’autres études sur le sujet doivent être encouragées.

Quand on sait que l’observance et la satisfaction des patients dépendent des capacités de communication de l’équipe officinale, la mise en place de ces programmes permettrait d’améliorer certainement l’image et le traitement de la maladie dépressive.

Benjamin Mazaleyrat

Sources

S. Liekens, E. Vandael, D. Roter, S. Larson, T. Smits, G. Laekeman, et V. Foulon, « Impact of training on pharmacists’ counseling of patients starting antidepressant therapy », Patient Educ Couns, vol. 94, no 1, p. 110‑115, janv. 2014.
S. L. Debra Roter, « The Roter Interaction Analysis System (RIAS). Utility and flexibility for analysis of medical interactions », Patient education and counseling, vol. 46, no 4, p. 243‑51, 2002.
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